Evolution
[...]de nouvelles connaissances conduisent à reconnaître dans la théorie de l'évolution plus qu'une hypothèse[...]Jean-Paul II, discours à l'Académie des sciences pontificales du 22 octobre 1996.
Texte en cours de rédaction - dernière mise à jour: 10 juin 2007
Introduction
Mon intérêt pour les thèses créationnistes, en particulier l'avatar
actuel nommé Intelligent Design, est né suite à des confrontations avec
des personnes de formation scientifique qui tenaient pareils propos.
Quelle ne fut pas ma surprise d'entendre revivre de telles croyances de
la part d'esprits censés formés à la rationnalité, et non pas
seulement de pauvres bigeottes faisant du porte à porte afin de vendre
un paradis dont elles n'ont aucune compréhension.
Le problème est d'autant plus profond qu'en ce début de troisième
millénaire, la théorie de l'évolution jouit d'une popularité
relativement faible, comme l'illustre la figure suivante, due à Miller
et al. (2006).
Ce qui me dérange le plus n'est pas la croyance en un Dieu créateur, lequel peut toujours être inséré d'une manière ou d'une autre pour "coller" aux théories scientifiques communément admises à ce jour, quitte à revoir sa définition pour l'adapter à l'évolution des connaissances. Le problème majeur réside dans la profonde remise en cause du travail de nombreux scientifiques, et plus fondamentalement, une négation même des principes de la démarche scientifique. Et sur ce point, quelques recherches sur la toile et diverses discussions m'ont conduit à penser qu'une profonde méprise existe au sujet de la science, de ses méthodes et de ses buts. Les origines de ce schisme entre la science et l'image qu'elle donne d'elle-même sont multiples, et probablement enracinées dans l'enseignement même de celle-ci, en particulier dans les cycles inférieurs. Les théories scientifiques sont la plupart du temps présentées comme des vérités absolues, indépendamment de leur démarche de construction, des errements qui ont conduits à privilégier telle hypothèse plutôt que telle autre, indépendamment des débats entre chercheurs, ou alors pour présenter une bonne vision qui se serait opposée aux idées erronnées. Cette absence de recul sur la construction des sciences gomme le caractère humain de la démarche scientifique, et en présentant les théories scientifiques comme vérités absolues, elles favorisent des raisonnements simplistes de réfutation comme ceux de Harun Yahya, philosophe (si on peut le qualifier ainsi, la sagesse semblant profondément lui faire défaut). Pourtant, dans son ouvrage "L'effondrement de la Théorie de l'Evolution en 20 Questions", Harun Yahya montre sa totale méconnaissance de la théorie évolutionniste en présentant le paradigme de la théorie de l'évolution comme l'idée que "la vie a commencé avec une cellule née d'un pur hasard", en opposition à la création par un dieu omnipotent, puis il viole la logique en expliquant en expliquant que s'il montre l'irrecevabilité de l'évolution, alors par la logique booléenne, la création est vérifiée. Cette approche est perdante des le départ, et ce pour plusieurs raisons.
- La théorie évolutionniste ne décrit pas l'origine de la vie elle-même, en particulier de la première cellule (encore faut-il par ailleurs préciser le terme cellule), mais se contente d'étudier les mécanisme d'apparitions des espèces. D'autres théories passionnantes existent pour donner des éléments de réponses à l'apparition des premières cellules, et il est plus que probable que les cellules actuelles dérivent de fragments organiques, comme en témoignent aujourd'hui des organismes tels que les virus, qui ne sont pas des cellules à part entière.
- Les créationnistes se battent sur des failles de la théorie évolutionniste, généralement en ignorant (volontairement ou non) les articles récents traitant des développements de ces questions, défauts qui indiquent d'avantage que la recherche est loin d'être terminée, que la théorie est toujours en chantier (mais quelle théorie scientifique ne l'est pas?), sans pour autant fondamentalement remettre à mal l'idée d'évolution.
- La logique ne connait pas l'unique principe booléen, comme en témoigne par exemple la logique floue. Mais surtout, même en s'attachant à la logique booléenne, ou plus exactement au principe de preuve par l'absorde, l'auteur n'adressant pas les propos relatifs à l'apparition de la première cellule, et ne démontrant pas que celle-ci n'a aucune possibilité d'être expliquée scientifiquement, il échoue à invalider que l'apparition de la vie ne puisse être décrite au moyen d'une théorie scientifique. Par conséquent, le principe de réfutation appliqué aux théories qui semblerait remettre en question la création échoue sur ses bases mêmes, et par là rend des oeuvres comme celle de Yahya totalement caduques, n'ayant d'autre intérêt que d'exercer ses zygomatiques en découvrant les absurdités assumées par ce soi-disant philosophe.
De manière générale, les opposants à la théorie de l'Evolution sont semblables aux détracteurs de la première heure. On attribue ainsi à Herbert Spencer (1820-1903) la phrase suivante: "Those who cavalierly reject the Theory of Evolution as not adequately supported by facts, seem quite to forget that their own theory is supported by no facts at all." ("Ceux qui rejettent cavalièrement la Théorie de l'Evolution comme non adéquatement supportée par les faits, semblent plutôt oublier que leur propre théorie n'est supporté par absolument aucun fait.").
L'évolution, une théorie non testable?
Si on ne peut appliquer le principe de réfutation, on est néanmoins tenté d'applique le principe de réfutabilité, introduit par le philosphe Karl Popper. Notons cependant d'ores et déjà que malgré sa pertinence, ce principe a été depuis remis en question, notamment par Feyerabend qui souligne l'utilisation des hypothèses ad hoc pour éviter de réfuter naïvement une théorie lorsque les résultats expérimentaux ne collent pas parfaitement à celle-ci, ce qui peut simplement souligner des faiblesses de celles-ci difficiles à combler, par exemple par manque d'outils techniques, alors que les grands principes de la théorie restent valides. Nous sommes malgré tout en droit de nous interroger sur notre capacité à tester la théorie de l'évolution, alors que l'Intelligent Design pêche lourdement à ce niveau.
Dans son article "15 Answers to Creationist Nonsense", John Rennie souligne face à cette interrogation qu'il convient tout d'abord de distinguer micro-évolution et macro-évolution. La micro-évolution s'intéresse aux changements intra-espèces, pouvant mener à terme à l'apparition de nouvelles espèces. La micro-évolution ne souffre plus guère de critiques négatives tant elle a pu être testée en laboratoire et sur le terrain, au contraire de la macro-évolution, qui étudie la taxonomie des groupes au-delà des changements d'espèce. Dans le cadre de la macro-évolution, seules des preuves indirectes sont disponibles, ce qui n'est cependant pas pratique inhabituelle en science, par exemple en astrophysique. Les preuves indirectes reposent sur la géologie, l'archéologie, la génétique,... et jusqu'aujourd,hui, aucune observation n'est venue mettre un obstacle insurmontable à la théorie de l'évolution; au contraire, le faisceau d'indices en faveur de l'évolution croît pratiquement quotidiennement.
Sur l'origine de la vie
A la recherche de la première cellule
A l'instar de Yahya, de nombreux créationnistes et partisans du "Dessein intelligent" se focalise sur l'apparition de la première cellule pour attaquer l'évolutionnisme, alors que ce dernier s'intéresse d'avantage à la transition entre les espèces qu'à l'apparition de la première cellule. La cellule, composant de base des êtres vivants, est en effet d'une extraordinaire complexité, et représente la brique de base de toute vie visible. Par conséquent, la question est: "Comment est apparue la première cellule?". Pour les partisans du dessin intelligent, la réponse est simple. Vu la complexité de la cellule, elle ne peut être apparue par hasard, mais a été conçue telle quelle par un esprit intelligent: c'est le concept de "complexité irréductible". Un coup dans l'eau donc: quelle soit la manière dont cette fameuse première cellule est apparue, cela ne remet en rien en cause la théorie de l'évolution. Autrement dit, il y a eu intervention divine, car sinon, on repose la question de savoir comment est apparu cet être intelligent. Il est dès lors difficile de dissocier "Dessein intelligent" de la religion, et d'ailleurs, vous ne trouverez pratiquement aucun partisan de cette pseudo-théorie qui se revendique athée (alors que de nombreux évolutionnistes confessent une foie religieuse). Il est amusant de noter que les créationnistes eux-mêmes citent Darwin dans le cas présent: "If it could be demonstrated that any complex organ existed which could not possibly have been formed by numerous, successive, slight modifications, my theory would absolutely break down." Le problème, c'est que cette démonstration de la complexité irréductible de la cellule est impossible à fournir, et par voie de conséquence, Darwin n'est pas mis en défaut. Intellectuellement parlant, le "Dessein intelligent" est très insatisfaisant, car il donne une explication de foi, facile mais impossible à démontrer, coupant court à toute recherche scientifique. D'autre part, il existe de plus en plus d'indices laissant penser que des états intermédiaires ont existés, bien que nous n'ayant que des traces de ceux-ci pour la plupart. Comme cité précédemment, le virus par exemple est une cellule incomplète, qui certes a besoin d'une cellule hôte pour se reproduire, mais demeure fonctionnel isolément. Contrairement aux affirmation de Michael Behe, une cellule incomplète n'est donc pas vouée à l'échec.
On peut au contraire supposer que de nombreux matériaux organiques ont existé sur la Terre lors de sa naissance, qui ont pu servir d'étapes intermédiaires pour l'apparition des cellules. Peut-être mêmes y avait-il des organismes vivants complètement différents des organismes cellulaires, mais les conditions environnementales des premiers jours n'ayant rien de comparable à ce que nous connaissons, aussi une sélection draconienne a pu être opérée.
Similitudes entre cellules
Un point remarquable est la conception des éléments organiques consituant les cellules, comme les molécules entrant dans l'ADN. Certains pensent que ces éléments sont apparues dans le "bouillon" originel, présent lors de la formation de la Terre, sous des conditions environnementales très particulières difficiles à connaître précisément, et à recréer en laboratoire. Mais de plus en plus, on trouve trace de composés organiques partout dans l'univers, ce qui a donnée un souffle nouveau à la théorie de la panspermie, suggérant que la vie n'est pas apparue sur Terre, mais que celle-ci a été ensemencée. La panspermie moderne ne prône pas l'apparation de cellules dans l'espace interstellaire, mais des composants de bases de celles-ci. Ces composants seraient produits notamment lors des novas, par réactions nucléaires brèves mais intenses, ainsi que dans les nuages interstellaires, par différentes réactions physico-chimiques. John Gribbin (2001) présente brillamment ces idées dans l'ouvrage de vulgarisation "Stardust". Si la vie reste un processus extrêmement complexe et son apparition, improbable, l'omniprésence des composés organiques dans l'univers rend son émergence à certains endroits "naturelle". Pour Gould (1994), vu l'apparition extrêmement rapide de la vie sur Terre, celle-ci semble même avoir été inévitable. Il est cependant à noter que Gould ne fait référence qu'aux constituants chimiques présent dans l'océan et l'atmosphère originels.
Différences entre les cellules
Malgré les traits communs existants entres les diverses cellules, des différences fondamentales persistent, en particulier entre les procaryotes, unicellulaires dépourvus de noyau (les bactéries), et les eucaryotes, qui possèdent un noyau, et regroupent tous les autres organismes vivants. Les eucaryotes présentent une complexité nettement accrue, et la paléontologie s'accorde à penser que les eucaryotes sont apparus nettement plus tard que les procaryotes, selon des mécanismes de type évolutifs.
Le "sens" de l'évolution
Une direction dans l'évolution?
Certains végétariens avancent comme arguments que notre dentition n'est pas prévue pour manger de la viande, en omettant les autres caractéristiques du corps, notamment le besoin de protéines animales (en particulier pour assurer un apport en vitamine B12). Cette approche de pensée se retrouve également fréquemment dans l'enseignement de l'évolution, en donnant un caractère causal fort aux changements évolutifs, principe repris par ailleurs dans les médias. Le discours traditionnel présente une modification comme répondant à un objectif précis par rapport à l'environnement, adoptant une vision transformiste proche de Lamarque. Cette approche causale est de nature à renforcer les croyances téléologiques ou même l'intelligent design, car elle induit un sens dans l'évolution, sans pour autant répondre à la problématique de connaître les mécanismes servant de guides. De là à y percevoir un intervention externe, il y a un pas facilement franchi. Or il n'est point besoin d'orientation pour comprendre l'évolution. Celle-ci produit des caractéristiques nouvelles au hasard, qui peuvent se révéler utiles dans le milieu où vit l'espèce, et suivant les pressions environnementales, il se peut même que ces altérations se diffusent dans la population, à l'instar de la capacité de l'homme occidental à digérer le lait, ce qui lui a donné un avantage aux premières heures de l'élevage (Gibbons, 2006). Une mutation peut même ne se réléver utile que bien après son apparition, en jouant un rôle totalement différent de celui qu'elle tenait initialement, mais qui se révèle soudain crucial en face de circonstances exceptionnelles. De par son jeu, l'évolution ouvre des portes qui peuvent, voire doivent, être franchies quand bien même certains aspects autres dans les caractéristiques de l'espèce semblent contradictoires. Pour revenir à l'exemple du végétarisme, se concentrer uniquement sur les dents est ainsi faire fi de la complexité des capacités adaptives dont la nature a doté l'homme, lui permettant de modifier son régime alimentaire en fonction du lieu colonisé, y compris en des endroits très défavorables à l'agriculture, comme l'Islande.
En outre, l'idée d'une évolution dirigée dans le sens d'une complexité croissante a été battue en brèche par divers chercheurs, en particulier Gould (1994). Ce dernier expose ainsi que l'évolution est loin de se résumer à la sélection naturelle, mais est avant tout le fruit de contingences, qui peuvent conduire à favoriser des espèces initialement moins adaptées lors d'événements catastrophiques entraînant des exterminations des masse, et les formes de vie les moins complexes, en particulier les bactéries, ont ici souvent l'avantage. De temps à autre émerge une créature plus complexe que les autres espèces, mais loin d'être la norme, ce genre d'événement reste avant tout une exception, de probabilité infime, et pourtant inévitable pour peu que la population du vivant soit suffisamment large.
La place de l'homme
Stephen Jay Gould, néo-darwinien, remarquait dans un article d'American Scientist, que toutes les révolutions scientifiques avaient pour effet de faire tomber l'homme de son piedestal, mais qu'il finissait sur un autre, car il était difficile pour l'homme de ne pas se sentir au centre de quelque chose.
Dans sa critique du Darwinisme classique, Gould le jugeait trop anthropocentriste, et appelait à réfuter le concept de complexité croissante, l'apparition de la complexité, et non la simplification, étant plus l'exception que la norme. A la limite du manifeste, Gould appelait à accepter la contingence de l'évolution, et que si l'histoire se répétait, il est peu probable que l'homme (tel que nous le connaissons) apparaîtrait. Il est amusant de voir que parallèlement beaucoup de critiques contre l'évolution apparaissent justement du fait que l'homme n'y trouve plus suffisamment sa place. Bref, une théorique pas assez anthropocentriste pour certains, trop pour d'autres.
En somme, nous sommes à une étape où la science amoindrit sans cesse la place de l'homme, et nombre de personnes, y compris de chercheurs, acceptent mal cette idée. L'homme doit rester central quelque part, idée clairement exprimée par Jean-Paul II dans son acceptation de l'évolution. On peut aussi se demander si cette crise de "sens" n'est pas aussi à l'oeuvre dans les propose de Staune, ou Anne Dambricourt (la logique de l'évolution). C'est aussi ce qui transpire des propos téléologique de Dugueux dans son long discours "Ni Bible, ni Darwin". Sauf que jusqu'à présent, rien de concret n'est sorti de cette quête, si ce n'est des discours fort creux.
La question est peut-être dès lors de savoir si ce qui pose problème sont les limites de la science (et elle en a), ou les limites de la place de l'homme dans l'univers, place sans cesse réduite par les avancées scientifiques.
Le détournement des sciences
Une technique plus subtile consiste à détourner des résultats acceptés par la communauté scientifique au lieu de s'y opposer. Et peu importe d'où sont issus ceux-ci, du moment qu'ils puissent être interprétés dans le sens désiré. Cette manière de procéder est l'oeuvre notamment de William Dembsky, titulaire d'un doctorat en mathématique, et, après son post-doctorat, s'est tourné vers les instituts théologiques pour y prêcher l'Intelligent Design. Bien que la carrière de William Dembsky ne brille pas par une production significative, tant par le nombre de publications dans des journaux spécialisés que par l'impact de celles-ci, Dembsky use et abuse de son titre de Docteur pour accréditer la théorie de l'Intelligent Design. Se posant en qualité mathématicien, il reprend le théorème du "No Free Lunch" () pour indiquer que l'évolution due au seul hasard n'aurait pu privilégier les formes de vies avancées, et par conséquent conclut à la nécessité d'un architecte derrière la vie. A l'instar de Marc Mézard (2006), il est toutefois aisé de montrer que les prémisses mêmes du raisonnement de Dembsky sont erronés. Wolpert et Macready démontrent qu'aucun algorithme d'optimisation ne fonctionne mieux qu'un autre si on l'applique à n'importe quelle fonction de coût, ou d'adaptation. Autrement dit, il n'y a pas de méthode qui fonctionne universellement. Or l'évolution présente des corrélations importantes entre chaque étape, vu que les changements restent locaux et graduels, si tant est qu'on peut la mesurer. L'optimisation est ici intrinsèquement liée au problème considéré, et donc peu importe son comportement moyen, au contraire de l'exemple particulier, si tant est qu'on puisse dresser un lien immédiat entre l'évolution et un problème mathématique. Cependant, les algorithmes génétiques, usant d'idées inspirées en droite ligne de principes de mutations aléatoires et de sélection, sont en effet devenus populaires dans de nombreux domaines de l'optimisation, en particulier combinatoire, de par leur efficacité à trouver des solutions approchées, là où d'autres méthodes déterministes échouent. Mais ils ne sont effectivement pas applicables de manière aveugle, universelle, et requièrentt l'utilisation d'une connaissance sur le problème a priori pour définir les critères de sélection de populations afin d'être efficace. Ce choix fait, la méthode peut alors être très efficace pour le problème considéré, bien que le théorème "No Free Lunch" dit qu'il ne peut y avoir un choix qui fonctionne en moyenne mieux qu'un autre pour n'importe quel problème.
Une telle erreur est indigne de tout mathématicien qui se respecte, en particulier d'un chercheur ayant publiés des résultats en statistique, comme Dembsky. Cependant, le mal est fait: dans l'esprit populaire, il est possible de prouver mathématiquement l'existence d'un architecte. Et qu'il y a-t-il de plus infaillible que les mathématiques? Pourtant, les développements en calculs numériques ont ajouté du crédit à la théorie de l'évolution. Dembsky expose ses idées dans le livre "No Free Lunch: Why Specified Complexity Cannot be Purchased Without Intelligence", lequel est mis en pièce notamment par Jeffrey Shallit (2002).
Il est toujours délicat de tirer des enseignements philosophiques des développements mathématiques, et s'il peut être intéressant de s'interroger sur l'implication des mathématiques dans la lecture et la construction du monde qui nous entoure, vouloir démontrer Dieu à l'aide d'un théorème reste un acte proche de l'aliénation mentale.
Les implications philosophiques du créationnisme
Depuis sa popularisation, la théorie de l'évolution a subi de nombreuses attaques. La mortalité de la condition humaine pousse à chercher un sens, une finalité à l'existence humaine. La théorie de l'évolution s'accorde mal aux besoins de repères qu'éprouvent de nombreuses personnes, de part la notion de hasard que celle-ci contient, en particulier si l'on considère que l'espèce humaine n'est qu'une espèce animale parmi les autres, et non la résultante d'une certain programme prééatabli. Gould (1994) souligne avec justesse que, comme remarqué par Sigmund Freud, les grandes révolutions dans l'histoire des sciences n'ont qu'une caractéristique commune: elles rabaissent l'arrogance humaine d'un piedestal vers un autre, à propos de notre conviction de notre propre importance.
Science et philosophie ne sont pourtant pas sans interactions. Les découvertes scientifiques contribuent en effet à moduler les réponses existentielles et le rapport entre l'homme et le monde. Par exemple, peu pensent encore aujourd'hui que l'homme est au centre de l'univers, relativisant de la sorte la condition humaine. Certains ne peuvent cependant souffrir une remise en question trop fortes de leurs convictions, et préfèrent attaquer les théories scientifiques que leurs idées. Nous sommes ici bien lien de la sagesse philosphique recherchée. Une autre approche, courante même parmi des scientifiques de haut niveau, consiste à vouloir, à l'instar de Dembsky, valider ses opinions aux moyens de "preuves" scientifiques, au risque de confondre la description du monde qui nous entoure avec la recherche de sens. Cette démarche s'avère hélas souvent creuse et vouée à l'échec, et si les découvertes scientifiques survivent, elles le sont épurées des idéaux du chercheur, habituellement très vite oubliés.
En d'autres termes, il est possible d'éclairer sa vision philosophique sous un éclairage de nature scientifique, c'est-à-dire de se questionner sur la compatibilité entre notre approche philosophique et ce que disent les théories scientifiques, qui pourront elles-mêmes être amenées à evoluer! A partir de là, il est possible d'adapter sa philosophie du monde, mais il n'existera jamais de relation déterministe de la science pour la réponse aux questions de sens, tout simplement parce que les questions auxquelles la pratique scientifique peut répondre ne se situent pas sur le même plan.
Pour en savoir plus
En copie locale, vous trouverez le livre qui déchaîne les passions, à
savoir l'ouvrage On the Origin of
Species, écrit par Charles Darwin. Pour mieux comprendre
l'histoire de la théorie de l'évolution, je vous recommande très
fortement la conférence donnée par André Langaney (MNHN -
univ. Genève), intitulée "Ni dieu,
ni maître dans l'évolution". Cette conférence brille par sa
pédogagie, sa mise en évidence de la construction des sciences,
notamment en relativisant le rôle joué par Darwin dans la théorie de
l'Evolution, et représente un puissant argumentaire contre les
délires créationnistes.
Références
- Charles Darwin, "Origin of Species", 1859.
- William A. Dembski, "No Free Lunch: Why Specified Complexity Cannot be Purchased Without Intelligence", Rowman & Littlefield Publishers, 2002.
- Ann Gibbons, "There's More Than One Way to Have Your Milk and Drink It, Too", Science 314, p. 1672a, 2006.
- Stephen Jay Gould, "The evolution of life on earth", Scientific American 271, pp. 85-91, 1994.
- John Gribbin, "Stardust", Penguin Books Ltd, 2001.
- Marc Mézard, "Du mauvais usage des théorèmes", La Recherche 399, pp. 28-29, 2006.
- Jon D. Miller, Eugenie C. Scott, and Shinji Okamoto, "Public Acceptance of Evolution", Science 313, pp. 765-766, 2006.
- John Rennie, "15 Answers to Creationist Nonsense", Scientific American, pp. 78-85, 2002.
- Jeffrey O. Shallit, "Review of William Dembski, No Free Lunch: Why Specified Complexity Cannot be Purchased Without Intelligence", Rowman & Littlefield Publishers, 2002. BioSystems 66, pp. 93-99, 2002.
- Jean Staune, "La question du Sens dans l'Évolution: La Biologie Non-Darwinienne et ses Implications Philosophiques, http://www.staune.fr/La-question-du-Sens-dans-l.html.
- D.H. Wolpert and W.G. Macready, "No Free Lunch Theorems for Optimization", IEEE Transactions on Evolutionary Computation 1(1), pp. 67-82, 1997.
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