Les termes astrophysiques sont souvent obscurs, surtout quand on entend parler de matière noire, que l'on ne parvient à observer, mais qui permet d'expliquer plusieurs phénomènes, et d'énergie noire. Je ne suis pas physicien, mais je ne peux cacher que mes rares lectures de vulgarisation me laissemt dubitatif, face à une physique qui déploie des théories mathématiques tentaculaires, disposant de nombre de constantes ad hoc qui permettent de les ajuster aux observations, mais avec à l'heure actuelle, un pouvoir prédictif assez limité. Certes, elles ont des prédictions, et sont de ce fait testables, mais nombres d'observations contradictoires peuvent être accomodées en ajustant l'une ou l'autre constante. Peu satisfaisant. L'exemple même de ce type de théorie est la théorie des cordes. Le problème, c'est qu'il n'y a pour l'heure pas, ou peu, d'alternatives crédibles, ni de réfutations. Par conséquent, il faut les considérer, mais résisteront-elles? Certains fondateurs sont convaincus de la justesse de cette approche, tellement qu'ils me font douter. Ce sentiment s'est en particulier développé avec la lecture du livre de Leonard Susskind, "Cosmic Landscape, et j'abonderai dans le sens de la remarque de Corey S. Powell dans le New York times:
He allows remarkably little doubt about string theory considering that it has, as yet, not a whit of observational support. "As much as I would very much like to balance things by explaining the opposing side, I simply can't find that other side," he writes in his concluding chapter.
Georges Ellis va plus loin dans sa critique publiée dans
Nature. La cosmologie peut-elle se fonder uniquement dans la théorisation en espérant que les observations, qui suivent un chemin bien plus lent, les conforteront? Einstein avait craint de se mettre au ban de la société scientifique en spéculant sur la cosmologie sans bénéficier de support observationnel, indiquant de la sorte que l'expérience de pensée peut précéder l'observation. Mais quand l'expérience de pensée ne permet plus l'observation, n'entre-t-on pas dans des les limites de la théorisation?
Les observations restent au contraire primordiales pour n'importe quelle science (même les mathématiques, où l'objet est une construction mathématique non théorisée, même si cet objet est souvent lui-même le fruit d'une autre théorie).
Discovery News relate aujourd'hui que nombre de galaxies existantes ont échappé à l'observation, dans des proportions allant jusqu'à 90% dans certaines régions distantes. Bref, une quantité significative de la matière manquante était bien là, observable,... juste cachée. Les tenants de la matière noire nous le disent immédiatement: ce n'est pas la fin de cette matière mystérieuse. Certes, cette découverte ne permet pas de palier aux problèmes observationnelles comme la rotation des galaxies. Néanmoins, elle permet au moins de supposer que le rôle de la matière noire a été surestimé, en supposant que cette matière existe. Auparavant, les scientifiques pensait que l'univers étaient baigné dans un fluide, l'éther, ce que la relativité restreinte réfuta en proposant une interprétation plus porteuse. La matière noire subira-t-elle le même sort? Peut-être pas, mais il reste que son existence reste à date hypothétique, même si de nombreuses recherches sont menées pour la détecter de manière indirecte. Avec des résultats divers, invalidant parfois des théories alternatives (ce qui est déjà un résultat important), mais sans confirmation ni réfutation absolue à date. De sorte que la matière noire (de même que l'énergie noire) me semble encore souvent relever d'un acte de foi: certains y croient, d'autres pas. Je n'aime pas les actes de foi, alors,... je doute, l'acceptant à défaut de voir les physiciens proposer mieux, mais sans conviction, tel Saint Thomas. Et constate que des physiciens aussi doutent:
http://prl.aps.org/abstract/PRL/v101/i13/e131302.
Les nouvelles observations offrent aussi du grain à moudre aux opposants du Big-Bang, lequel n'est il y est vrai qu'une singularité mathématique, et les observations, incomplètes, offrent à interprétation, même si on ne peut nier qu'une certaine lecture abonde en son sens. Reste que les phases d'accélération-décélération (et l'intervention de l'énergie noire), mal expliquées restent dérangeantes à mes yeux. Des théories alternatives voient d'ailleurs le jour, par exemple sous la plume de Paul Steinhardt et Neil Turok, dans un article publié dans
Science. Plus radical, Jayant V. Narlikar est partisan d'un univers stable, et dénonce les erreurs observationnelles, par exemple sur le
redshift. A défaut de valider ses propos, les récentes observations lui donnent au moins du crédit.
La morale de l'histoire, si le terme peut s'employer, est que nous ne sommes qu'aux balbutiement de notre compréhension du monde, et que si la science a permis de forts progrès, il convient d'éviter toute position dogmatique, ce qui ne veut pas dire non plus accepter tout et n'importe quoi. Notre vision du monde va très certainement changer radicalement dans le siècle qui vient, et après. Dans quel sens, c'est vouloir spéculer dangereusement que de s'avancer. S'il convient de balayer d'un revers de la main les délires pseudo-scientifiques, l'intelligent design en tête, nous devons néanmoins éviter que notre enthousiasme pour telle ou telle théorie nous aveugle, et rester ouverts à la possibilité que notre compréhension est à même de radicalement changer.